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Microbiote et santé : si petit et si puissant ! Comment prendre soin de lui …

Dans notre tube digestif, nous hébergeons tous en moyenne 100.000 milliards de bactéries réparties en 500 espèces différentes pour un poids total de près d’1,5 kilo, localisé surtout dans le colon. Ces bactéries sont très opportunistes car elles vivent là où elles sont bien : dans la bouche, il y a des bactéries qui aiment les milieux peu acides et très oxygénés (on les dit aérobies); dans l’estomac, elles aiment l’acidité - et dans le colon, elles vivent très bien sans oxygène (on les dit anaérobies) car il n’y en a pas. 

Microbiote et santé : si petit et si puissant ! Comment prendre soin de lui …

Depuis que l’on sait identifier leur ADN, on a identifié la quasi totalité de ces bactéries et on les classe en 3 grands groupes majeurs : les Bacteroidetes, les Firmicutes (dont les Lactobacilles) et les Actinobacteria (dont les Bifidobactéries). Dans ces groupes, les espèces différentes (par exemple celle des Lactobacillus Bulgaricus) existent sous la forme de différentes souches (L. Bulgaricus L350, L351, L352 …), ce qui agrandit encore davantage la famille. Chaque souche a des effets différents et ils seront d’autant plus importants que certaines souches sont dominantes.

On met environ 3 ans à composer son microbiote ...

Dans le ventre de sa mère, le bébé n’a pas de microbiote. Il commence à avaler quelques bactéries lors de l’accouchement par voie basse (flore vaginale et périnéale) ; elles seront les précurseurs de son futur microbiote. S’ajouteront progressivement à ces bactéries celles présentes dans son alimentation et au contact de ses proches et de son environnement. Le lait maternel sera parfait : les 800 ml tétés chaque jour apportent au bébé entre 100.000 et 1 million de bactéries et beaucoup de lymphocytes et d’anticorps protecteurs. Ainsi le bébé allaité aura une meilleure immunité que celui qui sera nourri au lait infantile. Vers l’âge de 3 ans, l’enfant aura son microbiote de futur adulte, à condition de ne pas le détruire régulièrement à coups d’antibiotiques.

Les bactéries nous aident à bien digérer …

Quand nous mangeons des aliments, nous avalons des protéines, des lipides, des glucides, des fibres, des minéraux, des oligoéléments et des vitamines. Après l’action des enzymes qui vont les digérer (au début de l’intestin grêle), il reste des petits déchets : de l’amidon résistant et des fibres (60 à 70g par jour), des protéines (2 à 4g) et des lipides (10 à 20g). Tout ceci va servir de nourriture au microbiote et lui permettre de fabriquer en retour des petits acides gras qui vont nourrir les cellules de la paroi du colon. Donc, le microbiote nourrit les cellules du tube digestif ! Mais ce n’est pas tout : il favorise aussi le travail de digestion des lipides par la bile et fabrique des vitamines (K, B8 et B12).

Quand ça ballonne …

Les bactéries du microbiote sont particulièrement friandes des glucides qu’elles utilisent pour leur énergie par le processus de la fermentation qui libère également du gaz (gaz carbonique, hydrogène et méthane). Quand on mange trop de glucides de type amidon venant du pain et des féculents, il y a donc une abondante fermentation. Par ailleurs, le lactose du lait quand il est mal digéré par une lactase insuffisante peut aussi provoquer des fermentations – ainsi que certains glucides comme le sorbitol (pruneaux) et les édulcorants qui se terminent en ol comme le xylitol (dans les chewing gum dits sans sucres) et la maltitol (gâteaux allégés). La production trop abondante de gaz dilate alors les anses intestinales et cela fait mal ! Pour éviter d’être ballonné l’idéal est de manger lentement (pour éviter d’avaler de l’air), d’éviter les boissons gazeuses et les légumes secs (à moins de les faire tremper la veille dans de l’eau pour évacuer l’amidon résistant). Il faut également bouger car la sédentarité favorise l’accumulation des gaz dans les anses intestinales.

Le fameux colon irritable … comment mieux le gérer

Les personnes qui toute leur vie ont des intestins fragiles ont un microbiote déséquilibré et probablement des troubles de l’innervation motrice et sensitive de leur intestin. On ne peut pas les guérir mais au moins soulager leurs symptômes en leur conseillant de limiter certains aliments riches en Fodmaps (Fermentable oligo, di et monosaccharides and polyols) qui en temps normal font partie de notre alimentation mais qui, chez ces personnes, vont provoquer trop de fermentations douloureuses. Ces aliments sont d’ailleurs assez souvent identifiés par la personne et donc évités. Il s’agit de l’artichaut, des choux, des légumes secs, du seigle et du blé. Ces aliments sont pourtant très bons pour la santé ; mais il faut dans ce cas en manger un peu moins. Quant au blé et au seigle, certaines personnes se sentent soulagées quand elles mangent sans gluten ; leur intolérance pourrait alors ne pas être dûe au gluten mais aux composés glucidiques et protéiques qui se trouvent dans ces céréales. Dans ce cas, elles se sentent mieux quand elles ne mangent pas de pâtes – mais ne souffrent pas de prendre un produit dans lequel il y a des traces de gluten. Par ailleurs, il faut continuer de manger des fibres (légumes et fruits crus et cuits) et essayer des cures de divers probiotiques pour voir s’ils améliorent les symptômes.

Les bactéries du microbiote nous protègent des agressions extérieures …

La nature est bien faite car le corps humain ne cherche pas à détruire toutes ces bactéries qui sont installées dans le tube digestif. Il les reconnaît comme étant siennes ce d’autant qu’elles lui rendent bien service en le protégeant des agressions extérieures (bactéries pathogènes, virus) par un effet d’inertie (les dominants vont détruire les dominés), en stimulant la synthèse de mucus protecteur et par le biais de la synthèse d’anticorps. En somme, pour avoir de bonnes résistances immunitaires, il faut (aussi) un bon microbiote. Et paradoxalement l’usage trop régulier et intensif des antibiotiques contribue à affaiblir les défenses immunitaires car il détruit ce microbiote qui nous protège.

Quand il y a rupture de tolérance …

Chez certaines personnes, il y a une rupture de cette tolérance bienveillante, souvent pour des raisons génétiques. Il se produit alors un conflit permanent entre la muqueuse intestinale et le microbiote ; d’où les douleurs abdominales, les ballonnements et parfois les saignements. C’est le cas typique de la maladie de Crohn. Le traitement utilise alors des immunosuppresseurs pour calmer les réactions immunitaires.

Le microbiote peut faire grossir ou maigrir. Histoire de souris …

Imaginez que l’on greffe des selles de souris génétiquement obèses à des souris minces stériles (qui n’ont jamais été en contact avec des bactéries) ; l’impensable est arrivé : les souris minces se mettent à grossir sans avoir changé leur alimentation. Encore plus téméraire : prenez un couple de garçons jumeaux dont l’un est obèse et l’autre pas. Prenez un peu des selles du jumeau obèse et greffez les à des souris stériles et minces : elles prendront du poids – à la différence de celles qui auront reçu les selles du jumeau non obèse. Encore plus incroyable : si on élève dans la même cage ces souris qui auront reçu les selles des 2 jumeaux, celles qui auraient dû grossir avec les selles du jumeau obèse restent minces car elles mangent les crottes des souris minces. Ainsi, cette expérience montre que des « bonnes » bactéries peuvent empêcher de grossir en dominant les « mauvaises ». Tout espoir est donc permis. On peut rêver en imaginant que l’on puisse, un jour, éviter de grossir – voire maigrir – en avalant des gélules de « bactéries amaigrissantes ». Les laboratoires ne s’y sont pas trompés : on voit déjà apparaître sur le marché les gélules « magiques ». Méfiance, méfiance …

Le microbiote peut provoquer un diabète ou aider à en guérir …

En procédant de la même manière, et en injectant des selles de souris obèses devenues diabétiques à des souris stériles et minces, on provoque chez elle l’apparition d’un diabète. Le microbiote, quand il est « malade » est donc capable de faire grossir et de rendre diabétique. Chez l’être humain, on constate d’ailleurs que la flore d’enfants diabétiques est souvent pauvre et déséquilibrée. Ce pourrait être une piste de traitement que de donner certains probiotiques en complément du traitement (insuline, ou hypoglycémiants par voie orale) pour en augmenter l’efficacité.

Une explication ?

Quand un microbiote est de mauvaise qualité, il y a des troubles de la perméabilité de la paroi intestinale ; celle ci laisse alors passer des bactéries antigéniques (on parle de Lps) qui, en circulant dans le sang, vont provoquer une réaction de défense de l’organisme responsable d’une inflammation générale. Cette inflammation diminue la sensibilité des cellules à l’insuline et freine donc le captage du glucose par toutes les cellules du corps. Cela favorise alors l’élévation du glucose dans le sang ; au delà d’1,26g/l, on parle alors de diabète, par résistance à l’insuline.

Le microbiote peut aussi impacter la santé du cœur et des vaisseaux

En effet, les pouvoirs du microbiote sont immenses et on ne fait que les découvrir toujours un peu plus. Quand un microbiote est déséquilibré (on parle alors de dysbiose), il favorise la résistance à l’insuline, comme nous venons de le voir. Mais cela ne s’arrête pas seulement au risque de diabète, car cette insulino résistance va dérégler les métabolismes et favoriser la montée du mauvais cholestérol (LDL), des triglycérides et l’apparition progressive d’une hypertension artérielle ; en somme il favorise l’apparition progressive de que l’on appelle « le syndrome métabolique » (association de tous ces problèmes) qui augmente considérablement et à lui tout seul le risque de maladie cardiovasculaire.

Le microbiote peut interagir avec les organes du tube digestif.

Les exemples sont nombreux. Dans l’estomac, la présence d’une bactérie de type Hélicobacter Pylori entraîne une inflammation chronique potentiellement responsable de l’apparition d’ulcère puis de cancer gastrique. Cette infection se fait durant l’enfance et est fréquente dans la population adulte ; elle se traduit par des sensations répétées de brûlures gastriques. La découverte peut également être fortuite par des biopsies réalisées lors d’une FOGD (Fibroscopie Oeso Gastro Duodénale). Depuis que l’on recherche systématiquement cette bactérie dans l’estomac et qu’on l’éradique (une simple traitement de 10 jours par antibiothérapie adaptée suffit), le nombre de cancers de l’estomac a beaucoup diminué en France. Par ailleurs, un bon microbiote peut freiner l’apparition d’un foie gras (stéatose hépatique) chez la personne obèse et éviter qu’il ne se fibrose (on parle alors de NASH - en Anglais, Non Alcoolic Steato Hepatitis). Sans compter toutes les pathologies de l’intestin impactées par la qualité du microbiote (colon irritable, pathologies du foie et du pancréas, maladies auto immunes de type maladie de Crohn et Rectocolite hémorragique, diarrhées infectieuses, syndrome de malabsorption chronique …).

Nous voyons donc que nous avons tout à fait intérêt à avoir un bon microbiote !

Comment faire pour avoir un bon microbiote …

Tout commence par un bon départ :

  • Espérer avoir une mère qui a bon transit, pas de problèmes digestifs et donc un probable bon microbiote car au moment de l’accouchement c’est elle qui va transmettre à son bébé une partie de son microbiote (selles, flore périnéale, flore vaginale).
  • L’allaitement maternel favorise l’installation d’un bon microbiote car le lait maternel contient énormément de bactéries, lymphocytes et anticorps.

Ensuite, espérer avoir une génétique favorable.

Il suffit pour cela de se renseigner sur les problèmes digestifs de la famille – car il y a souvent de l’hérédité ! Les MICI (Maladies Inflammatoires Chroniques Intestinales comme la maladie de Crohn et la Rectocolite hémorragique) sont héréditaires et transmises de génération en génération ; elles sont particulièrement fréquentes dans les populations du pourtour méditerranéen. 

Ne pas détruire régulièrement son microbiote par des cures régulières d’antibiotiques.

Même si après une cure d’antibiotiques, le microbiote retrouve (en quelques jours ou en quelques semaines) sa composition première après avoir été en partie détruit (on parle de résilience), il peut finir, à la longue, par changer de composition et s’appauvrir définitivement. Ceci concerne particulièrement les enfants qui sont souvent inondés d’antibiotiques suite aux angines et otites répétées, souvent virales, qu’ils subissent durant les premières années de leur vie. Cela peut définitivement altérer leur microbiote et donc leur santé future. Si l’antibiothérapie est toutefois inévitable, il faut prendre systématiquement, et dès le début de la cure, de l’Ultralevure° (levure qui n’est pas détruite par les antibiotiques et qui aide la flore à mieux résister) et éventuellement des probiotiques (il n’existe pas de souches miracle) ; manger régulièrement des yaourts (2 à 3 par jour).  

Bien nourrir son microbiote.

Il déteste les excès de gras et de sucres raffinés. Ce type d’alimentation finit par sélectionner des bactéries qui ont des comportements pro inflammatoires dans l’intestin et qui favorisent la perméabilité intestinale et donc le passage de Lps dans le sang (prémice de la résistance à l’insuline et donc du diabète). Bien nourrir son microbiote, c’est avoir une alimentation surtout riche en végétaux et en fibres à base de légumes et fruits frais, crus et cuits et céréales complètes. C’est aussi manger moins de viande ( 2 à 3 fois par semaine), un peu plus de poisson et des œufs. Les produits laitiers ne posent aucun problème pour le microbiote sauf s’il y une intolérance innée au lactose (mais dans ce cas les yaourts et les fromages sont bien digérés). Eviter aussi les édulcorants qui se terminent en ol (xylotil, sorbitol, maltitol) ; les autres édulcorants (aspartame, stevia, sucralose) ne semblent pas impacter le microbiote.

Prendre régulièrement des probiotiques ?

Toutes les souches bactériennes que l’on connaît sont stockées dans des banques avec leur carte d’identité (milieu dans lequel elles sont bien – rôles sur la santé). Ainsi, les industriels et les laboratoires peuvent y faire leur marché pour les intégrer dans leurs produits en qualité de probiotiques. C’est ainsi qu’il existe des probiotiques de profil très différents, essentiellement sous forme de Lactobacilles et/ou de Bifidobactéries avec des souches différentes. Il est impossible de connaître à l’avance les souches qui conviennent à chacun pour optimiser son confort intestinal. Un bon conseil : faire des cures courtes d’un mois et constater l’effet sur le transit et le confort de digestion. Si cela va mieux, considérer que ce sont les bonnes souches qui vous conviennent et en faire des cures régulières d’un mois espacées de 2 à 3 mois d’arrêt. Si cela ne fait rien, essayer une autre formule.

En conclusion, avoir un bon microbiote est essentiel à notre santé ; certes la génétique joue un rôle important mais la qualité de vie et de l’alimentation jouent aussi un rôle majeur. De nouveau, on ne cessera d’insister sur l’importance d’une alimentation saine, variée, équilibrée, riche en végétaux et contrôlée en sucres, en gras et céréales raffinées !

Après tout, il est normal de leur fournir un bon gîte et une bon couvert si l’on veut attendre de toutes ces bactéries le meilleur qu’elles aient à nous offrir !

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